Critiques de livres jeunesse

Critique de livres jeunesse : Une cachette pour les bobettes

Publié le 11 mars 2016

Tout d’abord, nous pensons que c’est l’histoire de Jacob, le pauvre petit bonhomme qui arrive à l’école avec une bobette qui lui sort de la jambe de pantalon, mortifié à l’idée que quelqu’un ait pu le remarquer. Même s’il l’a cachée, la dite bobette tombe entre les mains de la mauvaise personne, Cédric, qui profite de sa trouvaille pour se donner en spectacle, impressionner sa bande et faire l’idiot. Mais nous découvrons que c’est aussi l’histoire de Julia, sa voisine de pupitre, qui jette un regard extérieur à tout ça, empreint de compassion et d’intelligence. Elle aussi vit une mauvaise journée, pour une toute autre raison. Nous voyons aussi la même journée à travers le regard de Monsieur Angelo, concierge de l’école, qui se demande bien d’où sort ce sous-vêtement qui resurgit partout. Celui-ci goûte aussi aux mauvaises plaisanteries de Cédric. Heureusement, tous les trois verront le destin tourner et leur journée se terminer dans la gaieté. Ce qui n’est pas le cas du petit chenapan de l’histoire, qui commence par nous présenter la merveilleuse journée qu’il a passé en cumulant les bêtises avec fierté. Nous éprouvons même un certain plaisir à constater que la sienne, elle s’est mal terminée! Même journée, même école, mais quatre histoires qui se croisent et se répondent. Nous avons besoin de chacune pour tisser le fil, les réponses à une énigme se trouvant dans le récit de l’autre. Alors que Jacob avait caché sa bobette sous un banc, comment Cédric a pu la trouver? Qui a bien pu faire le merveilleux dessin de dinosaure que Jacob a trouvé sur son pupitre pour lui remonter le moral? Qui a laissé une tablette de chocolat au valeureux concierge? Et ainsi de suite, jusqu’à la fin où nous découvrons que les réponses se trouvent jusque dans les pages de garde, qu’il ne faut pas manquer d’observer. L’histoire est brillamment construite, telle un casse-tête, par l’auteure Andrée Poulin.  Elle a su exploiter au maximum les possibilités du médium visuel dans l’album, créant un récit où il est impossible de dissocier texte et image sans en perdre le sens. Sa plume concise donne un rythme soutenu aux différentes histoires, ce qui sied merveilleusement bien à la lecture à haute voix. La répétition de la même structure d’introduction et de conclusion aux quatre histoires participe à l’élan global de lecture. Et si la construction même de l’histoire est une mine d’or quant au potentiel d’utilisation en classe – présence d’ellipses, narrateurs multiples, etc.-, le récit peut servir d’amorce à une discussion sur l’intimidation et le respect des autres, mais aussi sur la compassion et l’empathie. Le dessin tout en rondeur de Boum convient parfaitement à ce récit qui semble tourner en rond, étant repris quatre fois! L’illustration emprunte beaucoup à l’univers de la bande dessinée, d’où provient la créatrice. L’omniprésence des lignes courbes créé l’effet d’un dessin tout en mouvement, appuyant le rythme soutenu du texte. Le dynamisme de l’ensemble relève aussi de la variété des points de vue dans les illustrations pleines pages, un effet cinématographique ici très justement utilisé. Les quatre univers ont également chacun leur teinte, à l’image du protagoniste. Nous ne nous étonnerons pas que la portion “Cédric” soit empreinte de rouge. Un premier album très réussi pour Boum. La collection motif(s) de la maison d’Éditions Druide ne compte que trois titres à ce jour, mais ils ont tous ce petit plus qui travaille la “cocologie”, comme dirait ma grande fille de sept ans. La première lecture ne révèle pas tout, il faut y revenir et décoder l’image, lire entre les lignes pour aller au fond de l’histoire et en découvrir chaque détail. Le plaisir éprouvé à la lecture de ces albums provient autant du récit que des allers-retours texte-image, que nous pratiquons avec bonheur pour en savourer toutes les subtilités. Animateurs, enseignants et bibliothécaires, je vous recommande chaudement d’intégrer cette histoire à votre programmation. Personnellement, j’anime chaque année une heure du conte spéciale petite culotte. Les enfants se bidonnent en écoutant Le machin de Stéphane Servant, Ni vu, ni connu de Michaël EscoffierOurs blanc a perdu sa culotte, de Tupera Tupera, De quelle couleur est ta culotte, de Sam Lloyd et Les aliens aiment les culottes, de Claire Freedman. Après les histoires, les enfants s’amusent à décorer et découper des bobettes imprimées sur du carton, que je fixe ensuite sur une ficelle avec des petites épingles en bois, reproduisant l’effet d’une corde à linge. Le résultat est vraiment joli et habituellement très coloré. Cette année, il est évident qu’Une cachette pour les bobettes fera partie de ma sélection, tout comme Les petites culottes, de Chantal Delvaulx, publié l’automne dernier chez Dominique et compagnie. Ce livre fait partie de la sélection préliminaire du Prix des libraires jeunesse 2017 et est finaliste au Prix Tamarac 2017 !

Une cachette pour les bobettes

Andrée Poulin
Illustrations: Boum
EDITIONS DRUIDE
ISBN 13: 9782897112479

Voilà ce qui arrive quand on sort les vêtements de la sécheuse sans les plier!
Isabelle Jameson
Isabelle Jameson Isabelle Jameson
  Isabelle est bibliothécaire jeunesse pour le réseau des Bibliothèques de Montréal depuis plus de dix ans et maman de quatre jeunes enfants. Sa passion : l'animation et la médiation du livre jeunesse. Des poupons de six mois, à qui elle adore raconter des tout-cartons, aux ados de quatorze ans, avec qui elle aime discuter; en passant par les nouveaux lecteurs, qui avancent dans les livres à pas de tortue, et par les plus grands, avides de nouvelles séries; rien ne la rend plus heureuse que de mettre le bon livre dans les mains (ou devant les yeux) de chaque lecteur.

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