Critiques de livres jeunesse

Critique de livre jeunesse : Sans Nimâmâ

Publié le 22 juin 2018

Un matin, la petite Kateri se réveille et demande à sa grand-mère : « Où est Maman? ». Et la mamie de répondre : « Elle fait partie des femmes disparues ». Avec une grande délicatesse, Sans Nimâmâ aborde une question brûlante d’actualité : les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

L’album présente deux récits en parallèle, celui de la mère et celui de la fille. D’un côté, Kateri raconte les grandes étapes de sa vie : ses cauchemars d’orpheline, apprendre à faire du pain avec sa grand-mère, son premier jour d’école, sa première danse, son mariage, son premier bébé.

Le récit de la mère, qui se distingue de celui de sa fille par une typographie différente, est empreint d’une grande tristesse, celle d’une mère qui voit grandir son enfant sans elle, mais aussi d’une grande sagesse et tendresse. Passée dans le monde des esprits, la mère veille sur Kateri et lui offre des mots de réconfort, sachant que sa fille, même si elle ne l’entend pas, peut tout de même sentir sa présence.

Bien qu’abordée de façon très subtile, la scène sur l’assassinat de la mère n’en reste pas moins émouvante. Elle raconte à sa fille : « Il faisait tellement noir. Dans la pièce où il m’a emmenée. Quand il m’a laissée. Et après. Je n’ai jamais vu de lumière ou de tunnel. Que l’obscurité. »

D’origine crie et écossaise, Melanie Florence s’est mérité le Prix TD en 2016 pour la version anglaise de ce livre. Grâce à son style lyrique, le récit n’est jamais lourd ou macabre. Grâce aussi aux illustrations délicates de François Thisdale. Tout l’album dégage d’ailleurs une atmosphère un peu féérique, notamment par cette image du papillon qui revient au fil du récit. Ce papillon, c’est le « kamâmakos », surnom que la mère avait donné à sa petite Kateri. Il y a plusieurs autres symboles à déchiffrer dans les illustrations, dont ce téléphone rouge posé sur une table décorée avec des papillons, qui évoque l’appel que reçoit Kateri, devenue adulte. Cet appel lui annonce que les restes de sa mère ont finalement été retrouvés.

Malgré l’aspect tragique du sujet, Sans Nimâmâ se termine sur une note d’amour et d’espoir. Cet album, qui mérite sa place dans toutes les bibliothèques du pays, est une lecture tout indiquée pour le 21 juin, Journée nationale des peuples autochtones.

Sans Nimâmâ

Melanie Florence
Illustrations: François Thisdale
Éditions des Plaines
ISBN 13: 9782896116546

— Tân’tê Nimâmâ? je demande à Nôhkom. Où est Maman?
— Elle fait partie des femmes disparues, Kamâmakos. Elle m’appelle « petit papillon ». Comme le faisait Nimâmâ. Avant qu’elle disparaisse.

Une jeune femme — une Autochtone parmi tant d’autres portées disparues au Canada — veille sur son enfant qui doit grandir sans sa nimâmâ. La mère observe de loin les étapes importantes de la vie de sa lle — sa première journée d’école, sa première soirée dansante, la rencontre de son premier ami de coeur, le jour de son mariage, la naissance de son enfant. Sans Nimâmâ est une histoire riche d’amour, mais aussi remplie de perte, racontée à tour de rôle par une mère et son enfant, dans un vocabulaire adapté aux jeunes lecteurs.
Andrée Poulin
Andrée Poulin Auteure, journaliste et blogueuse, Andrée Poulin a publié une trentaine de livres pour les jeunes. Elle dévore les bouquins qui font réfléchir et rêver, qui font rire et pleurer.

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