Critiques de livres jeunesse

Critique de livre jeunesse : Rue du Lac-Frisson T. 1 : L'arbre maléfique

Publié le 20 janvier 2017

Frédéric Raymond est surtout connu pour ses publications en littérature d’horreur pour adultes. D’ailleurs, il est le cofondateur de La Maison des viscères, une maison d’édition spécialisée dans l’horreur, fondée en 2011. L’arbre maléfique est son premier roman jeunesse, et malgré certaines appréhensions liées à ses précédentes publications, il effectue la transition avec brio. Simon vient d’emménager dans sa nouvelle maison, à l’orée d’une forêt qu’il rêve d’explorer durant l’été. C’est un terrain de jeu idéal pour un jeune qui vient de la ville et qui était habitué de s’amuser dans la ruelle asphaltée derrière son appartement. Il est encore plus content lorsqu’il fait la connaissance de Mathieu, son voisin, avec qui il se lie rapidement d’amitié. Pourtant, les choses tournent au cauchemar, lorsqu’il découvre, dans une clairière au cœur de la forêt, un arbre à l’apparence terrifiante. Selon Mathieu, cet arbre serait responsable de la disparition de Luc, l’enfant des anciens propriétaires de la maison que les parents de Simon viennent d’acheter. Celui-ci décide d’en avoir le cœur net, et il entraîne Mathieu avec lui dans une aventure qui les dépasse. Et si Mathieu avait raison? Les deux garçons s’en sortiront-ils indemnes? Il n’est pas facile d’écrire un roman d’épouvante pour un public aussi jeune. Si l’horreur est trop directe, trop présente, on court le risque de s’aliéner les parents, en raison des cauchemars de leurs enfants. Si le roman contient trop de sang ou de corps démembrés ou autres scènes graphiques, ce sont les écoles et les bibliothèques publiques qui ne voudront pas prendre de risque en l’achetant. Au contraire, si on se contente d’un léger suspense paranormal avec une résolution rationnelle à la Scooby-Doo, le public visé risque de s’ennuyer et de passer à autre chose. Frédéric Raymond réussit à obtenir l’équilibre parfait entre la tension dramatique causée par des éléments fantastiques et l’absence de cadavres, de sang et d’autres éléments choquants. Bien que sceptique au départ, Simon est rapidement convaincu par la multiplication de phénomènes étranges et inquiétants, en plus de l’attitude de Mathieu, qui est terrorisé à la simple mention de l’arbre maléfique. Cette opposition entre le rationnel et l’acceptation du fantastique est l’une des grandes forces du roman, puisque le lecteur est amené en même temps que Simon à modifier son opinion sur l’existence d’un arbre réellement maléfique. La confrontation finale, proprement terrifiante, est précédée par d’autres épisodes tout aussi efficaces, où Simon est confronté à des situations qu’il lui est impossible d’ignorer, et qui pointent toutes dans la même direction : l’arbre cherche bel et bien à le tuer. Lors de l’ultime combat entre Simon et l’arbre, aidé à la dernière minute par un Mathieu qui parvient à surmonter ses craintes pour venir à la rescousse de son nouvel ami, on constate la puissance évocatrice de l’écriture de Raymond. On voit la lutte entre les enfants et cet arbre terrifiant, et on craint vraiment pour leur vie. Quant à la chute, elle laisse présager un second tome tout aussi angoissant que le premier. Une lecture idéale à exploiter pour l’Halloween, même si les lecteurs plus sensibles risquent d’être perturbés. Notons également l’utilisation de thèmes forts tout au long du récit, comme l’amitié, la curiosité, le courage et la loyauté, ce qui en fait un roman intéressant à travailler en classe, que ce soit pour en étudier les mécanismes horrifiants ou tout simplement pour faire une étude comparative de la personnalité de Simon et de Mathieu. C’est donc un premier roman jeunesse tout à fait réussi pour Frédéric Raymond. On attend la suite avec impatience!

Pierre-Alexandre Bonin
Pierre-Alexandre Bonin

Pierre-Alexandre Bonin


Pierre-Alexandre est libraire jeunesse à la Librairie Monet où il s'amuse à la folie. Il aime les romans de zombies et les dystopies, mais aussi les albums plein de magie et les tout-cartons qui font « squee-squee »! Grâce à ses trois jeunes enfants, il a plein d'excuses pour ramener du travail à la maison. Mais pour être honnête, même quand ses enfants seront grands, il va continuer d'être tout excité à l'annonce du nouveau Michael Escoffier ou de la sortie du prochain Victor Cordi. On peut dire qu'il a gardé son cœur d'enfant, même passé 30 ans!

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