Critiques de livres jeunesse

Critique de livre jeunesse : Quand on était seuls

Publié le 20 février 2018

Ces dernières années, plusieurs livres jeunesse ont traité de la tragédie des pensionnats autochtones au Canada. Mais voilà qu’un auteur autochtone aborde le sujet dans un album conçu pour un public très jeune, des enfants entre 5 et 7 ans. Le pari était audacieux et la tâche délicate, mais David Robertson trouve le ton parfaitement juste pour raconter à des bambins cet épisode honteux de notre histoire. Ce n’est pas un mince exploit. Pas étonnant donc, que Quand on était seuls ait raflé l’an dernier le prix littéraire du Gouverneur général 2017, pour la version originale en anglais.

Le récit est centré autour d’une conversation entre une grand-mère et sa petite-fille. L’enfant pose des questions à sa « kokom », sur ses vêtements, sur sa longue tresse, sur la langue crie, etc. En guise de réponse, l’aïeule raconte son enfance dans un pensionnat autochtone, là où des « éducateurs » ont tenté d’anéantir l’identité des enfants autochtones par des méthodes aussi brutales que cruelles. Le jeune lecteur voit donc des scènes douloureuses où les frères et sœurs sont séparés, où l’on coupe les cheveux des enfants cris, tout en les obligeant à porter des uniformes grisâtres, et à renier leur langue maternelle.

Les scènes les plus admirables et les plus poignantes du récit portent sur la résistance tranquille (mais oh combien courageuse) des enfants autochtones. Quand ils étaient seuls, entre eux, les jeunes trouvaient des façons de contrevenir aux règles si punitives. Ce tableau tout simple d’un frère et d’une sœur, debout dans la neige, qui enlèvent leurs mitaines malgré le froid, pour se prendre les mains et se rapprocher l’un de l’autre, permet d’apprécier pleinement l’admirable résilience des enfants.

Résident de Winnipeg, David Robertson a reçu en 2015 le prix John-Hirsch décerné à l’écrivain manitobain le plus prometteur. Avec Quand on était seuls, il réussit le tour de force de raconter une histoire très dure avec une grande douceur. Son texte à la fois épuré et poétique dégage une grande puissance émotive.

Dans un style proche du collage, les illustrations de Julie Flett, une artiste d’origine crie et métisse, complètent à merveille le récit. Les silhouettes stylisées des personnages adoucissent les contours brutaux des horreurs racontées. Côté couleurs, les contrastes entre les teintes ternes et brunes du pensionnat, qui symbolisent le temps passé, et les couleurs chaudes et ardentes du temps présent, sont superbes.

Comme le disait l’auteur en entrevue, le processus de guérison des communautés autochtones, ainsi que le processus de réconciliation entre les peuples au Canada, doit passer par la découverte et le partage de ces histoires. David Robertson et Julie Flett offrent ici un album qui permettra un partage aussi émouvant que stimulant.

Quand on était seuls

David A. Robertson
Illustrations: Julie Flett
Éditions des Plaines
ISBN 13: 9782896116256

En aidant sa grand-mère à entretenir son jardin, une fillette remarque chez celle-ci des caractéristiques qui piquent sa curiosité. Pourquoi sa grand-mère porte-t-elle ses longs cheveux en tresses et des vêtements de couleurs vives? Pourquoi parle-t-elle une autre langue et passe-t-elle tant de temps avec sa famille? Ces questions amènent l'ainée à parler des années qu'elle a passées enfant dans un pensionnat autochtone, endroit où tout lui avait été enlevé. Quand on était seuls raconte une période difficile et constitue, en dernier ressort, un témoignage de courage et de prise en charge personnelle.
Andrée Poulin
Andrée Poulin Auteure, journaliste et blogueuse, Andrée Poulin a publié une trentaine de livres pour les jeunes. Elle dévore les bouquins qui font réfléchir et rêver, qui font rire et pleurer.

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