Critiques de livres jeunesse

Critique de livre jeunesse : Le vide

Publié le 21 février 2017

Dans Le vide, Anna Llenas nous présente Julia, une petite fille comme toutes les autres, vivant un bonheur paisible. Pourtant, un jour, il fit place à un grand vide. Celui-ci laisse passer le froid, aspire tout et donne naissance à des monstres. Elle tente de trouver un bouchon pour le combler, mais rien n’y fait. Anéantie, échouée au sol, une voix lui propose de chercher la solution à l’intérieur d’elle-même. Dès lors, des mondes merveilleux en surgissent et la rattache à la vie. En paix, elle peut approcher les autres et découvrir leurs richesses intérieures. Son vide rapetisse mais sans jamais disparaître totalement, lui permettant d’y retourner au besoin. L’approche textuelle d’Anna Llenas dans Le vide est directe et concise. De courtes phrases-chocs qui saisissent l’imaginaire et laissent une large place aux illustrations qui, elles, étayent le propos. La métaphore du bouchon pour combler le vide est tout à fait géniale. L’auteure explique qu’il y a de bons bouchons et d’autres trompeurs et dangereux, ouvrant la porte à de belles discussions avec les enfants. Le vide ne doit pas être comblé artificiellement, c’est en s’en servant pour se construire un monde intérieur que Julia se relève. De lui émerge des richesses qui l’ancre à la vie et l’ouvre aux autres, et à leurs propres richesses. Une belle fable sur le bonheur et la sérénité, que nous devons d’abord trouver en nous, mais aussi sur le droit de tomber et de se relever. Si le récit est simple, la trame visuelle quant à elle fourmille de mille détails. Ainsi, l’image nous apprend que parmi les bouchons possibles il y a la nourriture, l’amour, la télévision, les médicaments, les réseaux sociaux (le cellulaire), les vêtements. Si l’héroïne semble n’être qu’une petite fille, l’histoire est appelée à toucher un spectre plus large de lecteurs, puisque même les adolescents se retrouveront dans ces paradis artificiels. L’image détaille également les mondes imaginaires de Julia et de ceux qu’elle rencontre en fin de récit, laissant place à une discussion avec les enfants sur les formes que peuvent prendre nos propres richesses intérieures. Enfin, le formidable travail d’illustration d’Anna Llenas mérite d’être cité. Collages exploitant de multiples textures, et crayons, de plomb et de couleur, sont combinés pour découper un récit aéré sur fond blanc. Les quelques pleines pages servant à illustrer le vertige du vide. Vraiment un plaisir pour les yeux. Le vide d’Anna Llenas est un bel ajout à la collection Carré blanc chez Les 400 coups, connue pour ses titres parfois dérangeants. Ce pourrait être le cas ici avec la page couverture cartonnée percée d’un petit vide, mais ce ne l’est pas. Julia sourit tendrement et semble le caresser précieusement, comme un trésor qu’elle garde au fond d’elle-même.

Isabelle Jameson
Isabelle Jameson Isabelle Jameson
  Isabelle est bibliothécaire jeunesse pour le réseau des Bibliothèques de Montréal depuis plus de dix ans et maman de quatre jeunes enfants. Sa passion : l'animation et la médiation du livre jeunesse. Des poupons de six mois, à qui elle adore raconter des tout-cartons, aux ados de quatorze ans, avec qui elle aime discuter; en passant par les nouveaux lecteurs, qui avancent dans les livres à pas de tortue, et par les plus grands, avides de nouvelles séries; rien ne la rend plus heureuse que de mettre le bon livre dans les mains (ou devant les yeux) de chaque lecteur.

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