Critiques de livres jeunesse

Critique de livre jeunesse : Le livre où la poule meurt à la fin

Publié le 3 octobre 2017

Ce n’est pas pour rien que ça s’appelle la collection Grimace. Quelle joyeuse, audacieuse et irrévérencieuse grimace on trouve dans Le livre où la poule meurt à la fin, le tout nouvel album qui vient enrichir la collection des éditions 400 coups.

Commençons par le titre, qui annonce déjà le ton. En littérature jeunesse, où la mort reste encore trop souvent un tabou, il faut une impertinence certaine et un front de bœuf pour oser un titre annonçant la mort de l’héroïne. Mais dans sa belle impudence, ce titre fait très bien ce qu’il a à faire : il accroche.

Prenons ensuite l’héroïne de cette histoire aux accents drôlement absurdes. Cette poule qui se nomme Catherine est une dépensière incorrigible et impénitente. Cette reine de la consommation effrénée achète de tout et partout. Elle magasine même sur eBay, où elle s’offre un patin à roulettes ayant peut-être appartenu à quelqu’un de connu et un raisin sec ressemblant un peu à la reine d’Angleterre…

Malgré ses achats compulsifs et son gaspillage, Catherine a zéro remords ou regret. Sachant qu’elle finira bientôt dans un congélateur à l’épicerie, cette poule insouciante choisit de profiter pleinement de la vie avant son passage à l’abattoir.

Dans ses illustrations, Valérie Boivin capte à merveille le tempérament excessif et tête de linotte du personnage. Elle réussit très bien à anthropomorphiser la poule, et ses dessins empreints de drôlerie montrent clairement ses défauts, tout en lui gardant une bouille sympathique.

En cette ère du zéro déchet et de la consommation responsable, l’auteur François Blais nous présente ici un personnage qui, malgré son comportement répréhensible, ne ressent aucune culpabilité. Même lorsque le curé tente de lui faire admettre que son comportement est condamnable, la poule s’assume et refuse de changer. On est donc loin ici (très loin!) de la leçon de morale, du méchant qui devient gentil et du tout-est-bien-qui-finit-bien, si souvent présents dans les bouquins pour enfants. C’est d’ailleurs ce qui fait toute la fraîcheur et le côté jouissif de cet album.

Surtout connu comme auteur de romans pour adultes, François Blais a publié l’an dernier 759 lapins, un autre album tout aussi impertinent dans la collection Grimace. Pour son humour noir et pour sa charge satirique, Le livre où la poule meurt à la fin fait figure d’OVNI dans le paysage des albums jeunesse au Québec. C’est bien tant mieux. Mais pour ces mêmes raisons, le livre conviendra davantage à des lecteurs un peu plus âgés, mieux en mesure d’apprécier l’ironie mordante de l’auteur.

Le livre où la poule meurt à la fin

François Blais
Illustrations: Valérie Boivin
Les 400 coups
ISBN 13: 9782895406976

Catherine la poule est dépensière à l'excès. Elle achète tout et n'importe quoi : vêtements, meubles et gadgets en tous genres, quitte à finir criblée de dettes. Elle est la reine du « magasinage » et des cartes de crédit. À quoi bon économiser quand on sait que son temps est compté ? Ainsi, quand son heure est venue et qu'on lui demande de se confesser, Catherine n'a pas de regret, ou peut-être bien qu'un seul!
Andrée Poulin
Andrée Poulin Auteure, journaliste et blogueuse, Andrée Poulin a publié une trentaine de livres pour les jeunes. Elle dévore les bouquins qui font réfléchir et rêver, qui font rire et pleurer.

Ce texte est sous licence Creative Commons Attribution 2.5 non transposé. Ce texte, comme toutes nos critiques de livres jeunesse, peut être réimprimé et republié. Pour plus d’information, consultez les conditions d’utilisation ou contactez-nous.