Critiques de livres jeunesse

Critique de livre jeunesse : Le dernier qui sort éteint la lumière

Publié le 21 mars 2017

Adaptant sa propre pièce de théâtre, Ce que vous n’avez pas vu à la télé, Simon Boulerice parle d’homoparentalité et de génétique avec ce nouveau roman qui s’adresse aux adolescents et se présente avec une couverture particulièrement accrocheuse.

Alia et Arnold sont jumeaux et, alors qu’ils vont bientôt avoir treize ans, ils se questionnent sur leurs origines. Leur mère biologique est celle qu’ils appellent Marraine Sandrine et ils ne savent pas qui, de Julien ou d’Édouard, est leur « vrai » père. Les deux les ont élevés et ils les aiment autant l’un que l’autre, mais lequel des deux leur a donné ses gênes? S’ils ont l’impression de reconnaitre les traits de Poupa Édouard dans leur visage, ils ont aussi le deuxième orteil géant de Papou Julien! C’est à travers des lettres remises au fil des jours avant leur anniversaire que leurs pères se dévoileront peu à peu, se racontant d’abord eux-mêmes avant de passer aux aveux.

Avec cette œuvre qui s’inscrit totalement dans ce qu’on peut appeler le « genre Boulerice », avec ces références à la culture pop, ici par le biais des téléréalités, l’humour particulier, la langue très québécoise employée, Simon Boulerice aborde un thème important : les liens génétiques. Il le fait ici par le biais d’une famille homoparentale, mais la même question se pose dans les familles recomposées ou pour les enfants adoptés. Qu’est-ce qui fait qu’on est l’enfant de quelqu’un ? Est-ce que les gènes sont tout ?

Il y a une grande sensibilité dans l’écriture de Simon Boulerice et un doigté dans sa façon d’aborder ici cette question. En outre, il y a entre les différents personnages un amour qui transperce les pages et donne envie d’assister à un souper de famille, d’entendre les blagues de Julien, d’apprendre avec Édouard, d’assister au spectacle de « sirènes d’un soir » de Sandrine. Il faut aussi souligner la construction de l’intrigue, avec les différentes lettres dans lesquels les pères se dévoilent peu à peu, est très chouette. On apprend à découvrir les parents et à les apprécier, ce qui est rare en littérature jeunesse alors que l’accent est habituellement mis sur les personnages adolescents. Ici, ils ne sont pas en reste, mais ils ne sont pas les seuls.

Le dernier qui sort éteint la lumière

Simon Boulerice
Québec Amérique
ISBN 13: 9782764432167

— Une passe familiale, SVP ! — On fait juste des passes pour les familles. — Oui, c’est ce que nous sommes, justement, souligne Édouard, en souriant. — Ben non, monsieur: vous êtes accompagnés d’un homme et de deux enfants. — Oui, et...? C’est quoi une famille pour vous ? Sa voix perd de son enthousiasme. La peroxydée tout croche révèle son préjugé gros comme le bras. — Ben... Une vraie famille, là. Genre: un monsieur, une madame et deux enfants... Papou et Poupa sont tous les deux sans mots devant la violence de ces mots. Je le suis aussi. Seule Alia crache son désaccord au visage de la guichetière. — Pardon ? Ce sont nos deux vrais papas, et on est leurs deux vrais enfants. J’ai peut-être pas encore 13 ans, mais il me semble que ça prend pas la tête à Papineau pour voir qu’on est une vraie de vraie famille, madame la fausse blonde !
Sophie Lit
Sophie Lit Enseignante au secondaire et dévoreuse de livres à temps plein, Sophie Gagnon tient le site Sophielit.ca pour propager le plaisir de lire chez les adolescents et monte différents projets dans le but d’amener les ados à lire et partager leurs coups de cœur.

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